LOGEMENT

Il était 20h au Vestiaire, lorsque la porte a commencé à s'ouvrir… Une puis deux, puis finalement une vingtaine de personnes autour de la table pour échanger sur les enjeux de l'habitat.

 

Dans la continuité des réunions publiques dans les villages, l'idée est de tendre l'oreille avec attention afin de bien cerner les problématiques des habitants et ce n'est pas pour rien que nous avons lancé cette réunion précisément.

Le logement, nous le savons bien au Vestiaire, c'est un sujet avec un grand "S". 

 

Pour Sandy qui est maman solo, le logement c'est une partie de son travail en temps qu'employée à mi-temps par un bailleur social à Albertville, mais c'est aussi et surtout une problématique personnelle qui la pousse à se questionner sur son avenir ici . “ Je n'ai pas réussi à acheter…”

 

Delphine, ancienne saisonnière, s'est installée depuis un an, et s'est justement lancée dans l'immobilier mais elle relève beaucoup d'incohérences… “ les prêts à taux zéro ça ne fonctionne pas partout.” “ L'OPAC c'est bien mais les listes d'attente sont interminables…”

 

L'OPAC ?… Nathalie peut en parler, elle vit au Poëncet : " une passoire énergétique. Plus ca va plus on dépense des fortunes pour se chauffer et on a tout le temps froid… La mairie peut elle faire quelque chose pour exiger de l'OPAC qu'ils rénovent ? "

 

Solène, jeune maman, cherche à acheter, mais les derniers projets qui sont sortis dans le coin sont (beaucoup) trop chers… : “6000 € du mètre carré derrière le Basilico … ” Quels salaires faut il avoir pour pouvoir prétendre à investir 420 000 € dans un 70 m2 ?  Est-ce que la mairie a des moyens de bloquer des choses ? 

 

Gaelle s'inquiète du devenir de nos écoles : “ ils ont fermés environ 14 classes en tarentaise !”  Et pour cause… lorsque les gens descendent habiter plus bas dans la vallée, ils ne mettent plus leurs enfants dans nos écoles…

 

Et ce ne sont pas nos voisins venus de Meribel pour participer à notre réflexion qui diront le contraire : 

“ Mon petit fils Aux Allues, ils sont plus que 4 dans sa classe" déplore Jean. Du temps de mon fils il y avait 80 enfants ! ” et Claire de renchérir ironiquement : “ On a un peu d'avance sur vous, on est rendu à 11000 € /m2 ! … il n'y aura bientôt plus d'habitants à l'année chez nous. c'est une catastrophe " et Jean de conclure sur le constat : "  2000 euros le m2 de terrain constructible à Meribel…"

 

Alors qu'est-ce qu'une mairie peut faire ? A quel point peut-elle garder la main sur la commercialisation et le marché de l'immobilier ? Avant d'en arriver à des extrêmes comme à Meribel …

La discussion a été dense et constructive. 

Elle nous a permis d'identifier les axes que nous allons devoir travailler, et de s'orienter vers une vraie politique publique de logement à l'échelle de notre commune.

 

Voici en exclusivité les propositions concrètes évoquées ce soir là :

 

  • Création d'une foncière municipale

 

Une foncière municipale ou communale est un outil créé par une mairie pour acheter, porter, gérer et transformer du foncier ou de l’immobilier au service d’objectifs publics. 

 

C’est un levier puissant pour :

- lutter contre la vacance,

- développer du logement abordable,

- maintenir une mixité dans les zones touristiques,

- revitaliser un centre-bourg,

- maîtriser les prix du foncier,

- préempter et rénover.

 

Elle peut prendre plusieurs formes juridiques : Régie municipale , EPF local (établissement public foncier), SEM (société d’économie mixte), SPLA ou SPL, Société de portage foncier (SA, SAS communale).

 

→ Il s'agirait pour la mairie de reprendre la main sur une partie du marché immobilier, d'arrêter de vendre du foncier à des promoteurs qui pratiquent naturellement une politique inflationniste.

→ Il s'agirait pour la mairie de commercialiser ou mettre à la location elle même en encadrant les prix. En s'appuyant sur des systèmes comme le Bail Réel Solidaire qui permet d'accéder à la propriété dans des conditions favorables.

 

  • Fléchage des droits de mutation collectés par la mairie sur les ventes immobilières, sur une politique logement ambitieuse. 

 

  • Travail sur des accompagnements financiers à la rénovation pour une mise en location longue durée avec encadrement des loyers. (classification énergétique DPE qui risquent d'encore de réduire la capacité de logement) 

 

  • Sortie du “monopole bailleur social OPAC” ( ex : SEM4V et SEMILAB)

 

  • Refonte entière du PLU pour favoriser la création de logement dans Aime en revoyant les impératifs de parking, dans les villages en trouvant de quoi construire des assainissements collectifs pour rénover les vieilles granges.

 

  • Multiplication des zonages en loi Le Meur ( La loi permet de faire des zonages de servitude au logement principal dans le PLU.  A Aime, il y a en a 3. Ex : Chamonix a passé toutes ses zones urbanisantes en loi Le Meur )

 

  • Augmentation de la taxe sur les logements vacants

 

→ La gentrification n'est pas une fatalité. Nous pouvons encore nous défendre et lutter contre ce phénomène, pour le bien commun, pour pouvoir préserver et transmettre notre montagne  à nos enfants. 

Montagne d'Avenir vous écoute, et trouve des solutions.